Image qui suit la souris
2012-2020

Deux amoureux fervents des chats

En l'an II de la Troisième République, 1872, meurt Théophile Gautier, naît Paul Léautaud. A priori, tout les sépare : l'imagination est le maître mot de l'écriture du premier, soucieux du succès de ses œuvres, le réalisme sec caractérise l'œuvre du second, indifférent au devenir de ses productions. Les femmes aiment Gautier qui se fait appeler familièrement Théo, Paul Léautaud se contentera d'une liaison mouvementée, parfois torride, avec Marie Dormoy. L'un est en quelque sorte un dandy qui n'est pas insensible à la notoriété, l'autre une espèce d'ermite dont l'aspect n'est pas toujours soigné, uniquement préoccupé par son art et ses animaux, on pourrait poursuivre la liste. Quel est leur point commun ? L'amour des bêtes, en particulier des chiens et des chats, surtout les chats auxquels il faut adjoindre des rats chez Gautier, une guenon chez Léautaud.

Théophile Gautier (autoportrait) À noter qu'aucun de ses chats ne s'appelle Calliope, la muse de la poésie, représentée sur son tombeau au cimetière Montmartre.

Paul Léautaud ( lithographie par Henri Matisse)

VOIR La tombe de T. Gautier >
2020

Leurs chats     

  • Leurs chats sont immortalisés dans la Ménagerie intime de Théo ; les chats et les chiens du "misanthrope" Léautaud sont entrés dans la légende grâce au Bestiaire publié en 1959 avec les parties du Journal Littéraire consacrées aux animaux. Paul Léautaud ne pouvait supporter l'idée d'un chat perdu ! Sa maison était devenue un havre de chaleur et de paix pour une ribambelle de chats. Peu lui importait la moquerie. Et son cabinet de travail ne pouvait se passer de la présence de petits félins. Cette inclination ne relevait pas de la charité et moins encore d'une déviation pathologique. Il a transformé la maison qu'il habite à Fontenay-aux- Roses dans laquelle il s'est retranché à partir de 1911 en véritable chenil, au grand désespoir de sa propriétaire, Madame Sommet qui estime qu'un tel état de choses porte un grave préjudice à sa maison quant à l'hygiène. Il dépense sans compter, se prive, pour nourrir, placer ou recueillir chiens et chats jusqu'à sa mort. Pas un animal, a fortiori pas un chat, ne ressemble à un autre. "Je vous nommerai par exemple, Madame Minne, la doyenne, qui a de l'esprit plein sa frimousse, la chatte Lolotte, une petite pimbêche qui ne connaît que moi, ne quitte pas mon cabinet de travail, ne fréquente personne, me suit partout, bavarde sans cesse avec des manières de petite précieuse, les chats Riquet, Laurent, Bibi et Pitou, ce dernier que j'ai ramassé au marché Saint-Germain, gros comme le poing, sachant à peine boire tout seul, et qui, arrivé à la maison, quand je l'eus posé sur un canapé, soufflait après tout le monde."Paul Léautaud, alias Maurice Boissard, critique de théâtre pour le Mercure de France de 1907 à 1923, ne ressemble à personne : un spectacle est bon ou mauvais, le critique est indépendant : il dit toujours ce qu'il pense. C'est tout juste si Paul Léautaud, l'homme, ne préfère pas les animaux à l'humanité ; en tout cas, il préfère les chats aux enfants et le dit sans complexe, au risque de choquer. D'ailleurs, il a dédicacé son livre : "À mes chats, à mes chiens, à la mémoire de ceux de leurs camarades qui m'ont quitté, je dédie ces chroniques écrites en leur compagnie, pour moi la meilleure de toutes."
  • Sa chatte préférée se nomme Madame-Théophile ; c'est une jolie "chatte rousse à poitrail blanc, à nez rose et à prunelles bleues". Son comportement prête à réfléchir sur le chat prédateur. Un perroquet a été confié pour quelques jours aux Gautier par un ami en voyage. La surprise de Madame-Théophile, est évidente ; elle n'a jamais vu ce genre de volatile : "L'ombre de ses pensées passait par ses prunelles changeantes et nous pûmes y lire ce résumé de son examen : "Décidément c'est un poulet vert." et réflexion faite, "Quoique vert, ce poulet doit être bon à manger." Madame-Théophile s'était insensiblement rapprochée : son nez rose frémissait, elle fermait à demi les yeux, sortait et rentrait ses griffes contractiles. De petits frissons lui couraient sur l'échine […] Tout à coup son dos s'arrondit comme un arc qu'on tend, et un bond d'une vigueur élastique la fit tomber juste sur le perchoir" C'est alors que l'oiseau qui avait senti le péril dès le premier regard et manifesté des signes visibles d'inquiétude se met à parler "d'une voix de basse, grave et profonde". L'effet est immédiat : la chatte fait un saut en arrière et quand le perroquet entonne un refrain d'une voix assourdissante, elle va se réfugier sous le lit et n'en sortira pas de toute la journée. Toutes "ses pensées ornithologiques" ont été renversées. Elle fera une nouvelle tentative le lendemain, mais elle sera repoussée de même "Elle se le tint pour dit, acceptant l'oiseau pour un homme." Théophile Gautier traduit le comportement animal en langage humain avec brio. Ce que l'on appelle instinct est proche de la pensée ; l'animal n'en est pas esclave sinon que serait-il advenu des deux rats qu'il avait achetés à un prétendu matelot norvégien et de la nombreuse progéniture à laquelle le couple donna naissance ? Les deux espèces "dont l'une sert de proie à l'autre" vivaient ensemble et s'accordaient le mieux du monde. "Les chats faisaient patte de velours aux rats, qui avaient déposé toute méfiance. Jamais il n'y eut perfidie de la part des félins, et les rongeurs n'eurent pas à regretter un seul de leurs camarades." Don-Pierrot-de-Navarre s'était pris de tendresse pour eux et ne se lassait pas de les regarder jouer. "Ses petits amis blancs" venaient même dormir près de lui. Séraphita était plus distante à cause de leur odeur musquée. "Elle ne leur faisait jamais de mal et les laissait tranquillement passer devant elle sans allonger la griffe." La fin singulière et somme toute enviable de ces rats n'eut pas pour cause l'appétence de la gent féline pour leur race.
  • Qu'en est-il véritablement des relations des chats avec les oiseaux et les rats ? Si tout ce joli monde à plumes et à poil mange à sa faim, il n'y a aucune raison pour que leur antipathie naturelle dégénère en massacre. Certes le chat se vit sacralisé dans l'Egypte ancienne du fait qu'il avait le pouvoir de protéger les greniers à grain de l'invasion des rongeurs. Certes la gent ailée comme les petits mammifères peuvent avoir à souffrir de l'appétit des chats errants, notamment dans les zones suburbaines et dans les îles. Le chat prédateur serait déclaré l'un des ennemis numéro 1 de la biodiversité ! Les ligues protectrices de la petite faune s'affrontent sur le sujet. Rendons hommage aux associations souvent rebaptisées ici et là, "Ecole du chat", qui recueillent les chats abandonnés, les stérilisent et les nourrissent. Il faut que tout le monde vive.

VOIR PLUS >

Conclusion   

A distance l'un de l'autre, nos deux auteurs restent des précurseurs sur la question animale et chacun offre à sa manière un enseignement sur les autres et sur soi-même. N'est-ce pas folie d'aimer les animaux à ce point ? Mais quand on est bon pour les animaux, on ne peut être mauvais pour les hommes...

Amis lecteurs, Si vous vous intéressez à ces auteurs et à leurs animaux favoris, je publierai sur cette page tous les commentaires ou compléments que vous voudrez bien me communiquer (copyright assuré évidemment). Merci de votre visite. Voyez la page CONTACT.

CONTACT >
2008-2016

Il a dit :

L'homme consomme, engloutit lui seul plus de chair que tous les animaux ensemble n'en dévorent ; il est donc le plus grand destructeur, et c'est plus par abus que par nécessité.

Histoire naturelle (1749-1789), De la nourriture de l'Homme et des Animaux

 

VOIR PLUS >