Lire un extrait de l'Avant-propos :

[...] Épouse de… Anne-Catherine de Ligniville n’échappe pas au lot commun des filles de l’aristocratie. Elle conquiert son indépendance et sa notoriété par le mariage. Surnommée Minette, elle finira comme « Notre-Dame d’Auteuil », après avoir survécu trente années à son mari, Claude-Adrien Helvétius. Elle aura occupé une place éminente auprès du philosophe dont on ne saurait étudier l’œuvre et la vie sans parler d’elle. Elle est de ces femmes brillantes qui ne se sont pas contentées de donner des enfants et le bonheur en ménage à un époux. C’est la raison pour laquelle elle a éveillé notre intérêt, un intérêt grandissant à la lecture de l’un de ces écrits qui permettent de retrouver les mœurs, les façons de penser, les passions littéraires et politiques du XVIIIème siècle : la Correspondance de sa tante, Françoise de Graffigny. D’une certaine manière, cette grande dame a été sa gouvernante, son institutrice qui, par affection, a donné l’anagramme de « nièce » au titre de l’une de ses meilleures pièces : Cénie, parue en 1750, alors que le public commençait à se passionner pour un nouveau genre théâtral, la comédie dite larmoyante.

 

Madame Helvétius en robe d'apparat sur la couverture de notre ouvrage est une image libre de droits. Un autre portrait emprunté à un livre de 1911 : Helvétius, choix de textes et introd. par J.-B. Séverac, Paris, L. Michaud, nous la montre dans son naturel avec un fin sourire. La miniature a appartenu à A. Dutens, décédé en 1917.

 

Un livre en trois parties

La première évoque la vie de Mademoiselle de Ligniville chez Madame de Graffigny jusqu’à son mariage qui suscita bien des commentaires : un mariage d’amour vrai, rare chez les aristocrates. La deuxième transporte le lecteur sur les terres de Voré où Helvétius et sa femme furent des châtelains exemplaires. Et la troisième est dédiée à celle que Benjamin Franklin surnomma Notre-Dame d’Auteuil. C'est au cimetière d'Auteuil que repose Madame Helvétius : une tombe non entretenue, seulement visitée par les oiseaux que Minette (c'est ainsi que ses intimes l'appelaient) aimait tant. A noter que la date de naissance est fausse.

Madame Helvétius aimait les chats, qui lui rendaient bien son amour si l'on en juge par une fable que nous citons en annexe dans le livre et dont on peut lire la fin ci-contre. Il s'agit d'un chat qui, ne se consolant pas de la mort de sa maîtresse, se rendait sur sa tombe. (Dans un premier temps, Minette avait été inhumée dans son jardin.)

Pour ce qui est de la sépulture de Claude-Adrien, reportez-vous au site TOMBES ET SEPULTURES de l'historienne Marie-Christine PENIN.

Et pour les amoureux des chats, rendez-vous dans notre cimetière félin virtuel.



Au château de Voré : extrait 

Dans une monographie éditée en 1880, intitulée Une excursion au château de Voré, Helvétius, seigneur de Rémalard, on apprend que la conception de la bienfaisance du seigneur du lieu ne résidait pas seulement dans des actes de charité ponctuels, notamment en versant une certaine somme aux pauvres qui habitaient les paroisses de son domaine, en distribuant les boites, composées par son père de médicaments assortis, mais dans la tentative de permettre aux pauvres d’améliorer leur situation par le travail. Ainsi, avec l’aide de sa femme, une manufacture de fabrication de la dentelle d’Alençon, qui ne fut pas une réussite. En 1764, il demande un privilège pour établir des forges afin d’utiliser le minerai de fer et le bois des seigneuries. Il s’agit de réduire la mendicité qui est l’un des fléaux de la société. Malheureusement, le châtelain rencontre l’opposition farouche des maîtres de forges déjà présents dans la région et doit abandonner ses projets. Pour ce qui est des terres, on comprend qu’il était bien difficile d’aller à l’encontre du système féodal. Restait le bonheur privé…

A découvrir dans le chapître : La vie de château, un bonheur compromis par l'affaire De l'Esprit, l'un des ouvrages les plus controversés du siècle.

Pointez sur la carte postale ci-dessous pour voir la grille en fer forgé sur laquelle on distingue les lettres H (Helvétius) et A (Autricourt, la famille de son épouse) entrelacés.

Le château de Voré


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Ed. l'Harmattan

 

Une fable de J.-F. L.

Écoutez, il se plaint tant que dure le jour ; / Sa plainte dure encor quand tout dort alentour. / D'amis nombreux que la douleur assiège, / On voit le lugubre cortège / Conduire à son dernier séjour / Le corps qui renfermait une âme noble et pure. / À peine ils ont couvert de fleurs la sépulture, / Que notre chat s'y traîne et s'y vient établir ; / Il ne gémissait plus, mais il voulait mourir.

(extrait de la fable qui figure en annexe dans le livre : un chat inconsolable)

Anecdotes

Un jour, à la suite d’un grand dîner, où Fontenelle avait déployé toutes les grâces de son esprit pour faire sa cour à Madame Helvétius, il passa par inadvertance devant elle sans s’arrêter. — Eh bien ! Monsieur le galant, lui dit-elle, quel cas voulez-vous donc que je fasse de vos déclarations ? Vous passez devant moi, sans même me regarder. — Madame, répondit aussitôt Fontenelle, si je vous avais regardée, je ne serais pas passé.

Cité par Gavroche

M. de Fontenelle* a pensé mourir, mais il est hors d'affaire. Il envoya l'autre jour demander à dîner à Mme Helvétius, qui avait résolu ce jour-là de rester dans son lit et de ne voir personne. Mais ne voulant pas refuser M. de Fontenelle, elle se leva pour être en état de le recevoir et de lui donner à dîner. M. de Fontenelle arrive. Mme Helvétius lui dit : "Monsieur, je comptais dîner dans mon lit, je me suis levée pour vous, ce que je n'aurais fait pour personne, pas même pour mon mari. – Madame, lui dit Fontenelle, vous vous levez pour moi, mais vous vous couchez pour lui."

* L'académicien, auteur des Entretiens sur la pluralité des mondes, était à un mois de ses cent ans quand il est mort en 1757…

("Bibliothèque de Sade, Papiers de famille : le règne du père (1721-1760", éd. Lever, 1993, p. 670.)

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La famille Helvétius par Carmontelle (cliquez pour agrandir)