Juillet 2008

Une vie, une oeuvre à (re)découvrir

En 1966, Gérard Delaloye soulignait dans sa préface de L'Homme machine (chez J.-J. Pauvert) le silence qui entourait encore le médecin philosophe pamphlétaire dont la vie avait été cependant consacrée, disait-il, au progrès de l'humanité. Il y voyait la preuve que La Mettrie "a eu raison contre les dévots de tous les temps". L'Homme machine qui fut livré aux flammes [2] en 1748 a connu de nombreuses rééditions dans la seconde moitié du XXe siècle, tandis que son auteur – vilipendé plus que de raison – sortait peu à peu de l'oubli.
   Soulignons à notre tour la grande discrétion qui a entouré ce qui aurait dû être en 2009 la célébration du tricentenaire de sa naissance, un silence qui permet de jauger l'esprit du temps…

   Quoi de plus actuel – disons plus intemporel – que la liberté de penser ?[3]

La roue tourne. En 2015, quid de la liberté d'expression ?
Voici les photos de l'immense manifestation à Paris pour
Charlie Hebdo, la liberté d'expression et contre la barbarie sur le site /atheisme.org/. Merci Jocelyn !

[1] Il s'agit du curé d'Etrépigny dans les Ardennes (1664-1729).
[2] Dans son Dictionnaire critique, littéraire et bibliograhique des principaux livres condamnés au feu, supprimés ou censurés (Paris, 1806), G. Peignot se croyait obligé d'ajouter : "et il le méritait bien"
[3] "Il ne suffisait pas que la raison fût l'esclave du corps, on lui a encore mis le frein des lois. Et malheur à qui ose penser !'
Ouvrage de Pénélope, Fayard, 2002, p. 309. 

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2008

Extraits

P. 70 : […] En faut-il davantage pour déclencher une cabale ?
La Mettrie "ose penser"(1), parfaitement conscient des conséquences de cette affirmation que l'âme est une composante de la matière, ce qui revient à nier son existence.
En traitant à sa manière un thème pourtant rebattu, il se rend donc coupable de l'acte d'impiété par excellence, le manquement à l'ordre car […]
(1) La Mettrie emploie cette expression – récurrente dans son œuvre - notamment à propos de Tertullien, "un grand théologien qui a osé penser".

 

P. 80 : Le charlatan a réponse à tout, il ne reste jamais court ; son manège est de pérorer avec suffisance afin d'endormir les doutes du patient. Le développement sur l'anatomie de l'œil examinée pr le docteur Taylord, qui se targue de rendre la vue aux aveugles, offre un exemple de charlatanerie patente.
Au café Procope […]

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2008

Il a dit :

En général les hommes sont nés méchants ; sans l'éducation, il y en aurait peu de bons ; et encore avec ce secours y en a-t-il beaucoup plus des uns que des autres. Tel est le vice de la conformation humaine.

Parler de tempérance à un débauché, c'est parler d'humanité à un tyran.


Je ne voudrais revivre que comme j'ai vécu : dans la bonne chère, dans la bonne compagnie, la joie, le cabinet, la galanterie, toujours partageant mon temps entre les femmes, cette charmante école des grâces, Hippocrate, et les muses, toujours aussi ennemi de la débauche qu'ami de la volupté.
(Œuvres philosophiques)

Ci-dessus, une maxime que La Mettrie a fait sienne

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Décembre 2008

1752 : Eloge du roi de Prusse

La Mettrie est décédé à Berlin le 11 novembre 1751. En 1752, le roi de Prusse prononce son éloge qui fait grand bruit dans les cercles littéraires de France. Madame de Graffigny en informe son ami Devaux à qui elle écrit quotidiennement :

"J’ai oublié de te dire hier que le roi de Prusse a fait la charge de secrétaire de son Académie pour faire l’éloge de La Mettrie, que les académiciens avaient refusé de faire, comme on a fait ici de Boindin (1). Ce vilain Gormas (Duclos) l’avait, il l’a jeté au feu. Cela n’est-il pas bien ridicule ? Gormas m’en a dit des phrases qui en vérité affichent trop l’irreligion. D’ailleurs le roi a joué les marionnettes, car il dit que La Mettrie, étant persécuté par les moines en France, se retira en Hollande, où ils le poursuivirent, que le roi de Prusse le fit venir à Berlin comme homme de lettres et comme malheureux, et c’est lui-même qui parle. Si je puis avoir ce discours, tu l’auras. Je ne saurais retirer des mains du Métromane (Turgot) la copie qu’il me fait faire de l’éloge de Boindin. Cela est insupportable. (Vendredi soir 25 février 1752)"

(1) Nicolas Boindin, auteur de comédies satiriques est décédé en novembre 1751.

Cliquez ICI pour lire de larges extraits du "Discours préliminaire"

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