Juillet 2017

Un ami des femmes

Préface (extrait)

[...] En partant à la découverte des Amours d’un magistrat mondain, le lecteur attentif rencontre la marquise du Deffand, amie très chère du Président, femme pétillante, perspicace et brillante, adversaire farouche de toute duplicité et toute hypocrisie. Il n’oublie pas cette figure marquante, épistolière infatigable, dont les lettres, dont les vocables, commentent avec une acuité psychologique profonde les perceptions, les affects, les valses et soubresauts de l’âme humaine. Cette femme charmante, enfermée dans la pénombre d’une cécité précoce, porte en elle la lumière d’une lucidité sans pareille. L’auteur éclaire la poétique épistolaire de la femme de lettres, dont elle souligne les sollicitations permanentes d’autonomie et d’excellence. Marie de Vichy-Chamrond fut conquise par le Président Hénault avec qui elle mena une existence pseudo-conjugale. Vingt-sept lettres écrites durant une vingtaine de jours de l’été 1742 témoignent de la force sentimentale éprouvée par la marquise pour le magistrat. En lui, elle ne lit qu’amabilité, prévenance et aménité, au point qu’elle se délecte autant de ses défauts que de ses qualités. Certes, elle saura également trouver la répartie appropriée pour faire savoir au galantin combien elle put parfois être blessée par certains de ses abandons, par certains de ses goûts d’ailleurs. L’auteur saisit le cœur de Marie du Deffand au plus proche de ses tourments tout en respectant l’immense pudeur d’une femme, toujours dans la retenue de se dévoiler pleinement. Cette forme de réserve, plus ou moins sous-entendue, touche la sensibilité du lecteur et le séduit [...]

(Josiane Guitard-Morel, Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand)

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2017

Documents

La Faye ayant fait une plaisanterie de mauvais goût, Voltaire, dépité, jeta le livre au feu. Hénault raconte : "Je courus après et je le tirai du milieu des flammes, en disant que …" (p. 24)

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Juillet 2017

Un portrait panégyrique inédit du Président

Toutes les qualités, et même tous ses défauts, sont à l’avantage de la société ; sa vanité lui donne un extrême désir de plaire ; sa facilité lui concilie tous les différents caractères, et sa faiblesse semble n’ôter à ses vertus que ce qu’elles ont de rude et de sauvage dans les autres.

Ses sentiments sont fins et délicats, mais son esprit vient top souvent à leurs secours pour les expliquer et les démêler ; et comme rarement le cœur a besoin d’interprète, on serait tenté quelquefois de croire qu’il ne fait que penser ce qu’il imagine sentir ; il paraît démentir M. de la Rochefoucauld, et il lui ferait peut-être dire aujourd’hui que le cœur est souvent la dupe de l’esprit. Tout concourt à le rendre l’homme du monde le plus aimable ; il plaît aux uns par ses bonnes qualités, et à beaucoup d’autres par ses défauts.

Il est impétueux dans toutes ses actions, dans ses disputes, dans ses approbations ; il paraît vivement affecté des objets qu’il voit et des sujets qu’il traite ; mis il passe si subitement de la plus grande véhémence à la plus grande indifférence, qu’il st aisé de démêler que si son âme s’émeut aisément, elle est bien rarement affectée : cette impétuosité, qui serait un défaut en tout autres, est presque une bonne qualité en lui ; elle donne à toutes ses actions un air de sentiment et de passion qui plaît infiniment au commun du monde ; chacun croit lui inspirer un intérêt fort vif, et il a acquis autant d’amis par cette qualité que par celles qui sont vraiment aimables et estimables en lui. On peut lui reprocher d’être trop sensible à cette sorte de succès ; on voudrait que son empressement pour plaire fût moins général et plus soumis à son discernement. Il est exempt des passions qui troublent le plus la paix de l’âme ; l’ambition, l’intérêt lui sont inconnus ; ce sont des passions plus douces qui l’agitent ; son humeur est naturellement gaie et égale, et si elle souffre quelque altération, c’est par des causes étrangères, et dont le principe n’est pas en lui.

Il joint à beaucoup d’esprit toute la grâce, la facilité et la finesse imaginables ; il est de la meilleure compagnie du monde ; sa plaisanterie est vive et douce ; sa conversation est remplie de traits ingénieux et agréables, qui jamais ne dégénèrent en jeux de mots ni en épigrammes qui puissent embarrasser personne. Il se plaît à démêler dans toutes sortes de genres les beautés et les finesses qui échappent au commun du monde ; la chaleur avec laquelle il les fait valoir fait quelquefois penser qu’il les préfère à ce qui est universellement trouvé beau, mais ce ne sont point des préférences qu’il accorde, ce sont des découvertes qu’il fait, qui flattent la délicatesse de son goût et qui exercent la finesse de son esprit.Il ne manque d’aucun talent ; il traite également bien toute sorte de sujets ; le sérieux, l’agréable, tout est de son ressort. Enfin M. le président Hénault est un homme du monde qui réunit le plus de différentes parties, et dont l’agrément et l’esprit sont le plus généralement reconnus."

(in Cliques et coteries Masques et portraits, Nouvelle bibliothèque populaire, édité par Henri Gautier, Paris, 1892, BNF : L.1.40-MFC, p. 16.)

Ci-dontre, 82, rue François Miron (Paris IVe) : l'hôtel du Président.

Suite, page 2

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Décembre 2017

Recension par Alfred Gilder

Pour reprendre le mot de Malraux, Charles-Jean-François Hénault fut un contemporain capital du siècle de la douceur de vivre, celui des Lumières. historienne rigoureuse et dix-huitiémiste fervente, Simone Gougeaud-Arnaudeau donne un portrait éclairé de ce magistrat influent, entré à l'Académie française en 1723. Cet érudit laissa à la postérité des œuvres variées, la plus connue étant l'Abrégé chronologique de l'Histoire de France constamment réédité. Ses Mémoires sont, pour la connaissance de son temps, une source de premier ordre. Homme de salon, ce mondain brillait dans l'art de la conversation. Il savait être aimable et plaire aux femmes, se laissant volontiers qualifier de "galantin".

Trois femmes comptèrent dans sa vie : son épouse d'abord, sa dame de cœur, baronne de Castelmoron, et, rencontrée pendant les fêtes de la Régence, l'illustre marquise du Deffand : il en devint l'amant, entretenant avec elle, jusqu'à sa mort, une relation quasi conjugale. Comme surintendant de la maison de la reine, il fut aussi l'intime de Marie Leszczynska. Cet excellent livre est agréable à lire, truffé de bons mots, écrit dans le style simple, pur, délectable, du XVIIIe sècle. Bravo à l'auteur !

Dans le n° 137 de l'Ecrivain combattant (décembre 2017)

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