Juin 2013

Crébillon le Tragique

      Ce livre présente Crébillon père (Prosper Jolyot), un grand dramaturge peu à peu tombé dans l'oubli. C'est le destin de la tragédie classique. Crébillon fut considéré en son temps comme l'égal de Corneille et de Racine.  Académicien, censeur, il fut, à un âge avancé, le protégé de Madame de Pompadour :"J'aime les talents et les lettres, et ce sera toujours pour moi un grand plaisir que de contribuer au bonheur de ceux qui les cultivent", disait la marquise à Malesherbes. Pour l'anecdote, voici un aspect inattendu du poète bourguignon : son amour des animaux (chats, chiens, corbeaux…) dont il était entouré ; "C'est que je connais trop bien les hommes…", disait-il.

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2013

Extrait

P. 90 : […] Madame de Pompadour, habituée à la munificence du théâtre de cour, a fourni les costumes, notamment ceux des dix-huit sénateurs, des toges de toile d'argent bordés de pourpre et des vestes de toile d'or, le tout festonné et garni de diamants, costumes qui tiennent plus de l'Empire que de la République… La marquise a tenu à aller applaudir son protégé. Louis XIV n'avait-il pas voulu faire plaisir au vieux Corneille en lui permettant une dernière représentation à Versailles ? Corneille et Crébillon ne font qu'un aux yeux de la marquise, nourrie dès sa jeunesse de leurs vers. Le roi, lui, est assez indifférent au poète, mais il a pris l'homme, l'ami de toujours de la famille d'Etioles, en affection […]

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2013

Documents

 Ci-dessus : le tome 1 des Œuvres de Crébillon vers 1750, et un portrait.

Ci-dessous : la marquise de Pompadour par François Boucher vers 1758

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Mai 2017

Rendre à César ce qui appartient à César...

Le 10 mai 2017, commentant les élections présidentielles, un journaliste a clos son "billet" radiophonique par La crainte fit les dieux, l'audace a fait les rois. Cette phrase figure dans la pièce Xerxès de Crébillon. Voir pp. 105-06 de notre ouvrage : "Il a présenté cette pièce au roi, qui, à l'ouverture est tombé par hasard sur ce vers inspiré d'une parole de Lucain, Primus in orbe deos fecit timor : "La crainte fit les dieux, l'audace a fait les rois." Le roi le loua de très bonne foi et trouva ce vers fort beau. Un vers bien frappé en effet… Ici, la complaisance royale témoigne seulement d'une lecture hâtive et superficielle. Le personnage d'Artaban qui prononce les vers cités supra par Jean Angliviel est celui d'un ministre ambitieux et félon, et à l'actif de Crébillon, on pourrait déceler une critique du pouvoir qui fait tant d'envieux. Entend-on véritablement au théâtre tout ce que l'on entend ? Et la lecture, quand elle n'est pas intégrale, est-elle plus fiable ? Se souvenait-on de ces vers de Pyrrhus à l'acte II qui, relativement hardis, mettaient en cause l'origine et l'étendue du pouvoir et pourraient trouver un écho à notre époque :

Mais combien de trônes sont remplis / Par les usurpateurs qui s'y sont établis ! […]

Cela dit, célébrons l'esprit de notre dramaturge avec cette anecdote rapportée par Quérard : Crébillon le Tragique ayant eu une maladie très inquiétante plusieurs années avant d'avoir donné, et même achevé son Catilina, Monsieur Hermant, son médecin, le pria de lui faire présent des deux premiers actes qui en étaient faits.
Crébillon ne lui répondit que par ce vers si connu de
Rhadamiste :
Ah ! Doit-on hériter de ceux qu'on assassine ! (D'après le Dictionnaire d'anecdotes modernes et anciennes de Quérard, t. 2.)

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