Juillet 2017

Un homme de bonne compagnie

Si je participe au regain d’intérêt pour le « gentilhomme universel » (selon René Godenne) et à qui Marc Fumaroli entend rendre « sa place et son vrai rôle dans l’histoire de l’art », ce n’est pas pour porter un jugement sur l’œuvre artistique et le rôle indéniable du comte de Caylus, mais pour conter l’histoire d’une passion, l'histoire d’un homme libre.
Passionné, Caylus, le fut au point de tout sacrifier à son amour de l’Art, de l’Antiquité et des antiquités. C’était un bon graveur, ami de Watteau, qui popularisa les dessins des maîtres, un fervent collectionneur, doublé d’un mécène généreux, renommé dans toute l’Europe.

 

[…] Libre, l’auteur du Recueil d'Antiquités le fut assez pour ne pas suivre la voie que ses origines nobiliaires lui traçaient, assez pour s’intéresser non seulement aux artistes mais au peuple qui l’inspira lorsque, quittant le crayon et le burin, il se mêlait de prendre la plume pour s’exercer à autre chose que le dessin et la gravure. Libre, il le fut toute sa vie par sa distance vis-à-vis des événements politiques – qui, cependant, servent de toile de fond à cet ouvrage – et jusque dans la mort en refusant les services imposés par la religion dont il avait perçu toute l’hypocrisie dès sa prime jeunesse.
Dans une excellente biographie (Essai sur le comte de Caylus. L’homme. L’artiste, Paris, Hachette, 1889), Samuel Rocheblave ne s’était pas contenté de montrer comment et pourquoi le comte de Caylus a laissé une trace légitime dans l’histoire de l’art et de l’archéologie au XVIIIe siècle, il a prouvé que l’homme vaut encore mieux que sa renommée. Cet  essai que l’on pourrait considérer comme définitif car l’auteur avait mené une enquête des plus approfondies a éveillé ma curiosité. À mon tour, j'ai mené une recherche sérieuse, sans occulter la subjectivité car je ne me prétends pas spécialiste dans tel ou tel des nombreux domaines où Caylus a exercé ses compétences. J'essaie de saisir la réalité de ce personnage qui, sans renier l’ordre social de son temps, ne fut ni un homme de pouvoir ni un homme d’intrigue. Bien que le cadre historique soit suffisamment évocateur, je ne retrace pas l’histoire de l’ancienne société française dans son ensemble, mais bien celle d’une personnalité particulière.
   Peut-être, le lecteur aura-t-il envie d’aller plus loin dans la connaissance de la vie et de l’œuvre du comte de Caylus, au gré de ses centres d’intérêt personnels : archéologie, gravure, salons de conversation au XVIIIe siècle, guerres de Louis XIV et de Louis XV, autant de sujets ébauchés et  stimulants. 
  En attendant, je lui propose de passer un moment en compagnie d’un graveur et antiquaire amoureux des arts, d’un esprit rationnel, d’un homme amoureux de l’amour, aux nombreuses conquêtes féminines, mais qui resta célibataire en demeurant fidèle à ses ami(e)s, fidèle à lui-même.


Ci-contre, le portrait de Caylus par Vassé et ci-dessous, les ruines du château ancestral de Caylus, (Tarn et Garonne) : photo offerte par Fabien C., 2013. Louis-Claude Vassé a créé de nombreux bustes du comte de Caylus, que l'on peut voir sur les sites marchands d'art. Préface (extrait)

IL A DIT :

  • Il y a trois sortes de collectionneurs : ceux-ci achètent des tableaux pour les avoir ; ceux-là, pour que les autres ne les aient pas ; les troisièmes, pour en jouir et en faire jouir. (Louis La Caze, Le comte de Caylus, p. 118)
  • On pardonne bien le merveilleux à Homère, à Virgile et aux autres poètes quelconques. Est-il plus sage de supposer des dieux passionnés, divisés, inconstants, injustes et cruels que de supposer des enchanteurs et des fées qui ont ces mêmes vues ? (Caylus, Plaidoyer pour les contes de fées, p. 92)
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Documents

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 Ci-dessous : Vues et plans de la Roche-aux-Fées d'Essé. Planche CXXIII du Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et romaines (1756) de Anne Claude de Caylus.

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Juillet 2017

Table des matières

I. Mère et fils IV. La vie de société

La fin d'un siècle
Les soucis d'une mère

Mademoiselle Quinault
La société du Bout-du-banc
II. Horizons antiques V. L'artiste et l'amateur
Le voyage en Italie […]
Jusqu'à la Porte ottomane
La vie académique
Eloges et critiques
L'artiste
Un fervent collectionneur
III. Influences décisives VI. La passion de l'archéologie

Les années Watteau
Le deuil

Voyage par intérim […]
Les échanges avec le père Paciaudi
  VII. Jusqu'au dernier jour

 

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Décembre 2017

Une facétie du comte

Mesdames de*** qui ne manquaient pas un office… (inédit)

De mon encens je vous offre l’hommage,
C’est un plat de notre métier.
Mais l’encens de notre village
Doit vous paraître un peu grossier.

Si vous chantez à Vêpres quelque psaume,
Je pense voir des anges dans ce lieu ;
Mais entendant ces anges louer Dieu,
Je sens trop bien que je ne suis qu’un homme.

Hier au soir, malgré mes soins,
Par un malheur, on oublia Complie,
Qu’arriva-t-il ? On ne disait pas moins :
Ce sont des femmes à complies.

Pour terminer vos dévotes parties
Un salut je vous dirai bien.
Mais avec saintes si jolies
,

Veut-on répondre du mien ?

 

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