Le chevalier de Bonnard (1744-1784)
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Merci à Jean-Claude Sosnowski qui, durant l'été 2007, a réalisé une très belle exposition La vie et les oeuvres poétiques du chevalier de Bonnard
à partir des collections patrimoniales de la
Bibliothèque municipale qu'il dirige.

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Photo Yolande G. (14 avril 2007) Semur-en-Auxois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Poète, militaire, pédagogue humaniste
 
Un Semurois des Lumières : Bernard de Bonnard, poète et franc-maçon

Le chevalier de Bonnard est entré dans le dictionnaire Le Monde Maçonnique des Lumières, paru en juillet 2013 :

voici mon article composé à la demande de M. Charles Porset (1944-2012)

Bonnard, Bernard de (1744-1784).
- Né à Semur-en-Auxois en Bourgogne le 22 octobre 1744, mort dans la même ville dans la nuit du 24 au 25 septembre 1784 (Garat fait mention du 13 septembre), Bernard de Bonnard de Chassenay est issu d’une famille de petite noblesse d’office. Son père, Émiland Bonnard, écuyer, seigneur de Chassenay, est entré en conflit avec la municipalité pour que sa noblesse et celle de ses descendants soit reconnue. Sa mère, Françoise Fournier, est fille d’un docteur en médecine. Il a deux frères : Maurice Jean (dit le Chevalier), né en avril 1746, et Lazare (Beauverseau, dit Beauver), né en janvier 1749. On a longtemps cru que Maurice, entré dans l’armée avant lui, était l’aîné ; Bonnard de Chassenay doit à cette méprise l’appellation de chevalier qui l’a précédé à Paris et il conservera volontiers le titre (A.N. 352 AP 3).
Imprimés pour la première fois dans Le Mercure en 1764, ses poèmes sont publiés dans les journaux et, à partir de 1771, livrés régulièrement à l’Almanach des Muses (né en 1765). La première édition date de 1791 à la demande de la famille : Poésies diverses de M. de Bonnard, (Notice historique sur la vie et les ouvrages de M. de Bonnard, par C.-S. Sautereau de Marsy – qui n’a pas signé sa notice). D’autres publications suivront en 1824, 1828, 1884 et 1895. Avant son entrée au collège jésuite des Godrans à Dijon où il excelle en rhétorique, Bernard de Bonnard a reçu l’enseignement du grammairien Nicolas Bizouard à l’origine de sa vocation littéraire ; il lui en sera toujours reconnaissant. En 1760, il participe à la formation de la société littéraire qu’organise son condisciple Antoine Chartraire de Montigny, fils du trésorier général des États de Bourgogne. On y discute passionnément des écrits de chacun, on lit les journaux, on échange livres et manuscrits. Bernard de Bonnard, qui a accès à la bibliothèque de Gaspard Ponthus, marquis de Thiard, ami de son père, devient un lecteur éclectique et insatiable qui thésaurise extraits divers, lettres, épitaphes, anecdotes, mots d’esprit, etc. dans les Miscellanae ou Mélanges d’histoire et de littérature, à raison d’un volume par an, de 1759 à 1762. Il y en aura neuf. Le sixième est l’année du Bélisaire de Marmontel. Bonnard apprécie cet ouvrage qui encourt les foudres de la Sorbonne. Cependant, le poète, rangé sous la bannière de Dorat, doit continuer à travailler “ à étendre ses connaissances ”, selon Bénigne Le Mulier, le président au présidial de Semur-en-Auxois, une figure quasi paternelle présente aux grandes étapes de sa vie (comme le comte de La Feuillée) à qui il soumet ses premières productions. Il s’imprègne de tous les genres poétiques (lyrique, bucolique, élégie, satire, épigramme) avec Horace, Virgile, Juvénal, Martial, etc. Les arrêts des Parlements qui, en 1762, ordonnent la fermeture des collèges des jésuites lui inspirent cette épigramme peu virulente (texte inédit) : Par un arrêt ces bons Ignaciens Sont expulsés et de leurs monastères Salle comique est faite aux chrétiens. "C’est bien pensé, mais alors je soutiens Qu’il nous fallait garder les bénits pères Qui étaient tous de grands comédiens."
Le décès de ses parents le ramène à une réalité brutale. Il lui faut choisir un état. Son oncle et curateur de ses biens, Philibert Papillon, conseiller au Parlement, l’oriente vers la magistrature, pressé d’éloigner de sa fille ce jeune homme désargenté qui l’aime éperdument. Jeanne Guillaume Papillon est mariée en 1764 au seigneur de Rouffange en l’absence de Bernard de Bonnard qui cherche fortune à Paris où il essuie quelques déconvenues. Peut-être influencé par l’image flatteuse que, dans une lettre datée du 22 avril 1763, Montigny lui brosse de la vie maçonnique, il devient franc-maçon en 1764, mais on ignore le nom de la loge parisienne dans laquelle il est initié et la date exacte. (Il n’apparaît pas dans le répertoire de Le Bihan,1966)
Pour ne devoir sa situation qu’à son seul mérite, il se dirige vers la carrière militaire où l’ont précédé ses deux frères et s’inscrit à l’école des élèves de l’artillerie de Bapaume en Picardie (située auparavant à La Fère). Afin de rembourser ses dettes (de jeu) à la tante Fournier et de ne plus dépendre de l’oncle Papillon, il se promet d’être aspirant, élève et officier en un an. Comme il ne manque ni de dispositions pour les mathématiques ni de volonté, il assimile rapidement les deux premiers volumes du Cours de mathématiques de l’examinateur Charles-Étienne-Louis Camus, qu’il faut connaître pour devenir élève. Puis, premier de sa promotion, il tient son pari. Le voici officier du corps Royal d’artillerie, félicité par Ségur, le ministre de la Guerre, enfin nommé lieutenant en premier au régiment de Besançon-Artillerie où le duc de Mortemart lui demande de surveiller la conduite de ses fils, qui deviennent d’excellents amis. En juillet 1767, il est affilié à la loge la Sincérité de Besançon qui compte nombre d’officiers de justice. Membre actif, il est estimé, aimé, comme le prouvent sa correspondance avec l’abbé Ruette, avec l’abbé de Siochan, vice-secrétaire de la loge (A. N., 352 AP 38), et probablement d’autres lettres perdues ou détruites. Ses poésies, qui animent les banquets, soupers de loge et cérémonies, sont très prisées. Même après son départ de Besançon, le vénérable, Louis Philippon de la Madelaine (avocat du roi au bureau des finances de la ville, successeur de l’intendant M. de Lacoré à la tête de la loge), lui réclame de nouveaux couplets (Lettres du 18 février et du 19 juin 1770).
En garnison à Strasbourg (1770), puis à Grenoble (1776), Bonnard brille dans les salons aristocratiques par sa belle prestance, son aménité et ses vers. Durant son second séjour à Paris en 1774, il a été introduit dans le monde par Madame d’Alençon et y a pris de l’aisance. Alors que de nombreux officiers s’embarquent pour soutenir les Insurgents, on lui propose de “passer Outre-Atlantique”, mais il se laisse retenir en France.
L’idée, suggérée par Antoine Bret (Feuillets Souvenirs, A.N. 352 AP 3) d’une charge éducative au Palais-Royal prend corps, appuyée par son célèbre compatriote Buffon qui convainc la comtesse de Genlis, dame de compagnie de la duchesse de Chartres et gouvernante des petites princesses. En 1778, la double recommandation du comte de Maillebois (dont il a été l’aide de camp en 1777) et de l’intendant du Jardin du Roi lui vaut d’être nommé sous-gouverneur du duc de Valois (né le 6 octobre 1773, en âge de passer aux hommes) et de son frère, le duc de Montpensier (né le 3 juillet 1775). Le chevalier de Bonnard entre en fonction le 7 octobre. La période du Palais-Royal est la plus connue de sa vie grâce au chapitre IV de la biographie de Louis-Philippe par Guy Antonetti et au dossier très précis de Dominique Julia : Bernard de Bonnard, gouverneur des princes d’Orléans et son Journal d’éducation (1778-1782). Le sous-gouverneur s’est préparé à sa charge physiquement en se faisant inoculer une seconde fois (par le docteur Tronchin, médecin du duc d’Orléans ; la première inoculation par son ami le docteur Barbuot, en 1768, avait semblé peu concluante) et mentalement en accomplissant (outre son voyage en Bourgogne, à Strasbourg et en Suisse) un véritable pèlerinage à Ferney dont l’hôte illustre s’est éteint le 30 mai. "L’Épître à Zéphirine" paraît dans l’Almanach des Muses sans nom d’auteur…
Le 13 septembre 1780, Bernard de Bonnard épouse une jeune fille de seize ans, Anne-Charlotte-Sophie de Silvestre (1764-1798), issue d’une lignée de maîtres de dessin du roi dont l’aïeul, Israël de Silvestre (1621-1691) fut maître à dessiner de Louis XIII et du Grand Dauphin. Le chevalier aimera [sa] Sophie avec qui il lira l’Émile, partageant avec elle ses goûts littéraires (sa bibliothèque est considérable) et parachevant son éducation. Monsieur de Bonnard, qui occupe désormais une position en vue et que l’on sait d’un naturel obligeant, doit faire face à des sollicitations de toutes sortes qu’il satisfait dans la mesure du possible en ne ménageant ni son temps, ni ses minces ressources financières. Sans esprit de système, il est attentif à la personnalité des petits princes : L’Ami et Frère. Soucieux à la fois de leur développement physique, moral et intellectuel, le Bon Ami (surnom que lui ont donné ses élèves) entend faire d’eux des hommes “savants et heureux”. Les parents et les grands-parents (le duc d’Orléans et le duc de Penthièvre) sont satisfaits. Il peut espérer le titre de gouverneur quand viendra le temps d’en nommer un. À l’heure du choix, le duc de Chartres prend conseil auprès de Madame de Genlis, sa maîtresse, qui règne déjà au pavillon de Bellechasse. Au cours d’une conversation dont on n’a pour relation que celle de l’intéressée dans ses Mémoires, il confie à la comtesse ce poste jusqu’alors réservé aux hommes. Bonnard démissionne le 8 janvier 1782. En homme libre que “la dépendance d’homme à homme révolte” (selon ses propres termes), il préfère se démettre plutôt que de se soumettre à l’autorité absolue de l’auteur d’Adèle et Théodore dont il ne partage pas toutes les conceptions pédagogiques. Tandis que les libelles pleuvent sur Madame de Genlis, il acquiert une soudaine notoriété, mais sa douleur est profonde. Ainsi sonne le glas de la vocation du chevalier de Bonnard dont le Journal d’Éducation retranscrit par Dominique Julia va révéler au public qu’il s’agit de l’œuvre d’un grand pédagogue. Alors que certains envisagent pour lui une participation à la Grande Éducation (celle du dauphin) qu’il n’ose espérer, le chevalier, nommé colonel à la suite des hussards, doit revenir à son premier métier, mais la carrière est de plus en plus encombrée.
Il est détaché comme aide-major général au service du duc d’Harcourt, gouverneur de la province de Normandie où il préside au commencement des grands travaux de la rade de Cherbourg. La reprise de ses activités maçonniques s’effectue à la loge de Saint-Louis à l’Orient du Régiment du Roi installée à Caen (loge ambulante ?). Après 14 ans d’absence, il livre les impressions (consignées dans son journal intime) d’un “convalescent qui sort des portes de la mort” et d’un “aveugle qui recouvre la Lumière”. Il compose à nouveau des couplets pour les cérémonies, par exemple, le 10 juillet 1782, pour l’initiation de cinq femmes dans la loge d’adoption (créée en juin 1780 sous la protection de la loge Saint-Louis) dont la duchesse d’Harcourt est la grande maîtresse. Les archives maçonniques de la BNF disposent du manuscrit du Tableau des frères et sœurs composant la loge de Saint-Louis à l’Orient du Régiment d’infanterie du Roi à l’époque du 1er jour du 13ème mois de l’an maçonnique 5784, style vulgaire, 1er février 1784. La loge dont le vénérable est alors le comte de Chastenoye comprend une soixantaine d’officiers ; certains noms (duc du Châtelet, marquis d’Estrées, colonel de Lanjamet, etc.) se retrouvent dans le journal du Chevalier de Bonnard, Mestre de Camp d’Infanterie qui apparaît sur la liste des quarante-quatre frères “externes”.
Écoutons-le célébrer les dames (ceci est un brouillon, feuillet volant) :
Qu'au loin le noir chagrin décampe
À l'allégresse ouvrons nos cœurs,
Que chacun remplisse sa lampe
Pour fêter nos aimables sœurs.
Brillez, lampes, brillez pour elles,
Et qu'à l'ardeur d'un feu si beau
Le petit dieu brûle ses ailes
Et qu'il allume son flambeau.
Ailleurs s'il cause des alarmes,
Il n'a pour nous que des douceurs,
Nous ne craignons rien de ses armes
Ni de ses aveugles fureurs.
Troupe heureuse, troupe ingénue,
Ses traits sont ici sans poison,
Il n'est plus privé de la vue,
Il a les yeux de la raison.
Nous goûtons dans cette loge
Des plaisirs purs et parfaits,
Nos cœurs en sont satisfaits,
Nos maçonnes en font l'éloge,
Jouissons donc, jouissons
Du sort heureux des Maçons.
Il manquait à nos usages
Le beau sexe réuni,
Nous avons bien réussi,
Il embellit nos ouvrages,
Jouissons, &c.
Allons mes sœurs à l'ouvrage
Du produit de nos leçons ;
Donnez aux frères Maçons,
De l'ardeur et du courage.
Ici le travail du cœur
Est pour nous le vrai bonheur.
Loin des profanes vulgaires,
Célébrons avec ardeur
Les louanges de nos sœurs.

Bernard de Bonnard avait été victime d’un complot de palais. De retour dans sa patrie de Semur-en-Auxois, il n’aspirait plus qu’à un bonheur paisible et bucolique, consacré à l’éducation de ses enfants. Malgré l’article que fit paraître son fils cadet Augustin Anne (Polytechnicien) dans le Journal des débats du 26 mai 1825, à la parution des Mémoires inédits de Madame de Genlis, les historiens n’ont longtemps accrédité que les dires de celle-ci et le chevalier est tombé dans l’oubli. Il n’a eu le temps ni de se justifier, ni d’accomplir une œuvre dont tous les matériaux étaient pourtant réunis. Comme Beauver à la fin du mois de juin 1784, il fut emporté par le fléau de l’époque : la variole. Lors de l’inoculation de Bonbon – Anonyme de Bonnard sur les registres révolutionnaires car le duc et la duchesse avaient oublié leur promesse de le nommer sur les fonts baptismaux –, il avait tenu à rester auprès de son fils (de même qu’il avait accompagné les enfants princiers durant leur inoculation).
Cet homme des Lumières qui s’intéressait aux idées nouvelles, aux progrès de la science, qui aspirait à une société plus équitable et rêvait d’une armée à vocation humanitaire, fut victime de sa foi en un progrès incontestable de la médecine de son temps. Il avait entretenu des amitiés solides et fraternelles avec Valfort de Montjolly, Jean-Marie Bernard Clément, Henri des Mazis, Edme du Puget d’Orval, Louis Philippon de la Madelaine, Antoine Bret, les Mortemart, etc. ; sa mort plongea un grand nombre de personnes dans l’affliction. L’un de ses collaborateurs au Palais-Royal, le chevalier de Broval (Nicolas Manche, dit), s’était engagé à écrire la vie du Bon ami en lui donnant le plus possible la parole, à partir de la correspondance et des manuscrits que la jeune veuve commença à rassembler, mais les circonstances ne permirent pas la réalisation du projet.Restait la notice de Dominique Joseph Garat (Précis historique de la vie de M. de Bonnard) que la famille et les amis jugeaient trop sèche, mais qui constitua l’unique document biographique jusqu’à l’acquisition en 1974 par les Archives Nationales des papiers Bonnard.

Archives nationales : 352 AP/1 à 352AP/38, Mémoires et souvenirs du chevalier de Bonnard, gouverneur des princes d’Orléans de 1778 à 1781, comptes et papiers personnels, journal, correspondance reçue ; 352 AP/39 à 352AP/44, Madame de Bonnard, née Sophie Silvestre. Papiers Silvestre. Maurice, Jean de Bonnard, capitaine d’artillerie, frère du chevalier.Bernard de Bonnard ; 352 AP/45, Famille alliée : lettres adressées à M. de Bertrix, capitaine au régiment de la Sarre à La Rochelle, par divers correspondants (classement alphabétique). - Poésies diverses de M. de Bonnard, (Notice historique sur la vie et les ouvrages de M. de Bonnard, par C.-S. Sautereau de Marsy), Paris, Desenne, 1791, in-8° ; Poésies de Bonnard, Paris, Roux-Dufort aîné, 1824, in-32, XII-272 p. ; Poésies de Bonnard, (Notice analytique par Alexandre Piédagnel), Paris, Lemoine, 1828, in-32, VIII-164 p. ; Poésies diverses du chevalier de Bonnard, (Notice bio-bibliographique par M. Martin-Dairvault), 1884 ; Œuvres choisies du chevalier de Bonnard, (Introduction par Alexandre Piedagnel), Paris, Librairie des bibliophiles, 1891, in-16, XII-131 p. - Stéphanie Félicité Ducrest de Saint-Aubin, marquise de Sillery, comtesse de Genlis, Mémoires inédits de Mme la Ctesse de Genlis sur le XVIIIe siècle et la Révolution française, depuis 1756 jusqu’à nos jours, Paris, 1825, 10 vol. in-8o ; Ctesse de Genlis, Adèle et Théodore, ou Lettres sur l'éducation contenant tous les principes relatifs aux trois différens plans d'éducation des princes & des jeunes personnes de l'un & de l'autre sexe, Seconde édition, revue, corrigée & augmentée, 3 tomes, Paris, Impr. de M. Lambert, et de F. J. Baudoin. 1782 ; Dominique, Joseph Garat, Précis historique de la vie de M. de Bonnard, Paris, Impr. de Monsieur, 1785, in-12, 109 p. ; Guy Antonetti, « Le chevalier de Bonnard », chapitre IV de Louis-Philippe, Fayard, 1994 ; Dominique Julia, Bernard de Bonnard, gouverneur des princes d'Orléans et son Journal d'Éducation (1778-1782), MEFRIM, tome 109, 1997, p. 385-484 ; Simone Gougeaud-Arnaudeau, La vie du chevalier de Bonnard ou Le bonheur de la raison, (Préface par D. Julia), Paris, L’Harmattan, 2005, 325 p., portrait de Bernard de Bonnard en couv., gravure par de Launay, d’après un tableau de Vestier, annexes : Couplets ou cantique de maçonnerie, Pour les loges des dames, p. 269-271.

Simone Gougeaud-Arnaudeau

Un peu de poésie
Quelques poèmes, spontanés ou de commande, figurent en annexe de mon ouvrage. En voici d'autres (inédits), adressés aux amis et aux relations…

À M. le comte de B. (1)

D’une tranquille indifférence,
La raison souvent doit s’armer ;
Il faut voir avec patience
Ce que l’on ne peut réformer.
Le Temps rapide qui sans cesse
À grands pas s’éloigne de nous,
Emporte hélas ! avec vitesse
Nos plaisirs si courts et si doux.
Dans sa course toujours nouvelle,
Loin d’être jamais arrêté,
La triste voix qui le rappelle
Augmente sa vélocité.

Il est trop vrai : nous finissons
Presqu’au moment qui nous voit naître,
Entre les jeux et les chansons.
À peine hélas ! nous commençons la volupté d’être :
La raison vient nous apparaître,
L’ennui la suit, nous vieillissons.
Mais il est toujours pour le sage
Des fleurs en toutes les saisons,
Et le plaisir a plus d’un âge.
Quand vous jouissiez autrefois
Du beau talent d’être volage,
Avoir deux femmes, souvent trois,
N’était pour vous qu’un badinage.
Vous en aimiez auprès des rois,
À Paris et même au Village,
Les trompant toutes à la fois.
Vos désirs satisfaits sans cesse
Renaissaient pour se varier :
Chaque jour nouvelle maîtresse,
Chaque jour nouveau créancier.
Pour vous guérir de cette ivresse
Qu’il n’est pas aisé d’oublier,
Un vieux oncle en mourant vous laisse
Château, terres et mobilier.
Je sais ce que vous allez faire :
D’abord calculer et payer,
Changer, bâtir, jeter par terre,
Comme le doit un héritier :
Puis au lieu de la pruderie,
De l’imposante gravité
Qui toujours conte et nous ennuie
Des vieux faits de sa vanité,
Dans votre séjour enchanté
Unir en bonne compagnie
Les bons mots, la douce gaîté,
À la jeunesse, à la folie,
Et surtout à la liberté.
Comte, entre nous, si quelque belle
Voulait vous aimer tendrement,
Ne pouvant plus être inconstant,
Vous feriez bien d’être fidèle.
On revient de l’ambition ;
De chimères longtemps avide,
À rire de l’illusion
Notre esprit enfin se décide ;
Tout ce qu’on nomme passion
Dans le coeur ne laisse qu’un vide ;
L’amitié seule le remplit ;
Du sage elle entend la prière,
Vient régir son âme, y survit
À la vanité mensongère,
Et ne garde dans son réduit
Qu’un peu de place pour son frère.

(1) Il s'agit du comte de Bissy. Claude Thiard, lieutenant général, gouverneur du Languedoc, gouverneur du Palais des Tuileries, de la ville et du château d'Auxonne, né en 1721, mort en 1810, membre de l'académie française en 1750.

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BIBLIOGRAPHIE

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La Mettrie (1709-1751)

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